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Combien coûte une application métier sur mesure ?
La question qu’on nous pose en premier, et celle à laquelle presque personne ne répond publiquement. Voici ce qui fait le prix, ce qui le fait exploser, et comment le tenir.
C’est la première question posée, presque toujours avant même la description du besoin. Et c’est celle à laquelle le secteur répond le plus mal : « ça dépend », « il faut étudier », « à partir de », suivis d’un formulaire à remplir. Nous allons faire l’inverse et répondre pour de bon, avec des chiffres, en expliquant d’où ils viennent.
Précision utile avant de commencer : nous sommes une petite structure de Charente-Maritime, pas une agence parisienne. Les montants ci-dessous reflètent le marché d’ici. Ailleurs, comptez souvent le double pour un travail équivalent — ce n’est pas un jugement, c’est une différence de loyers et de masse salariale.
Ce qu’on achète réellement
Une application sur mesure n’est pas un objet, c’est du temps de conception. Le code lui-même représente rarement plus de la moitié de la facture. Le reste se répartit entre la compréhension du métier, les allers-retours de validation, les tests, la reprise des données existantes, la documentation et la formation.
Cette répartition explique une chose contre-intuitive : deux applications qui se ressemblent à l’écran peuvent coûter du simple au triple. Ce qui coûte cher n’est pas ce qu’on voit, c’est le nombre de règles à respecter et le nombre de cas particuliers à traiter.
Ce que coûte une journée
Autant partir de l’unité de base. En province, un développeur expérimenté indépendant se situe entre 400 et 550 € la journée. À Paris, la même compétence se facture 700 à 900 €. Une ESN facture 800 à 1 200 € pour un profil équivalent, la différence partant en structure commerciale.
À partir de là, tout se déduit : un projet à dix jours coûte environ 5 000 €, un projet à trente jours environ 15 000 €. Quand un devis vous paraît élevé, la bonne question n’est pas « pourquoi si cher ? » mais « combien de jours, et sur quoi ? »
Quatre ordres de grandeur
Site vitrine : 1 500 à 4 000 €. Cinq à dix pages, un formulaire de contact, un référencement technique propre, un espace où vous publiez vous-même. En dessous de mille euros, ce n’est pas un site sur mesure : c’est un modèle acheté et rempli, ce qui peut d’ailleurs suffire — mais autant le savoir.
Outil qui remplace un tableur : 2 500 à 7 000 €. Une base de données, quelques écrans de saisie, une recherche, des exports, deux ou trois utilisateurs. C’est le format le plus rentable pour une petite structure, et de loin le plus fréquent — un tableur partagé par six personnes coûte souvent plus cher en erreurs qu’un outil ne coûterait à construire.
Application métier complète : 7 000 à 20 000 €. Plusieurs profils d’utilisateurs, des droits différenciés, un cycle de vie avec des états et des validations, des documents générés, une ou deux connexions avec vos logiciels existants. C’est le format typique d’un outil qui devient central dans l’entreprise.
Plateforme : au-delà de 20 000 €. Plusieurs métiers, un portail client ou fournisseur, des contraintes de conformité fortes, une reprise de données lourde. À ce niveau, le chiffrage se fait par lots, et le premier lot doit produire quelque chose d’utilisable même si tout s’arrête après.
Ce que ça coûte ensuite : l’hébergement
Le poste qu’on oublie systématiquement de chiffrer, alors qu’il court tous les mois pendant des années.
- Nom de domaine : 10 à 15 € par an. C’est tout, et méfiez-vous de qui vous en demande cent.
- Certificat de sécurité (HTTPS) : gratuit. Let’s Encrypt a rendu payant ce qui ne devrait plus l’être. Une facture sur cette ligne mérite une explication.
- Site vitrine : 5 à 12 € par mois en hébergement mutualisé.
- Application métier : 15 à 50 € par mois sur un serveur dédié, selon le nombre d’utilisateurs et le volume de données. Chez un hébergeur français, en Union européenne.
- Sauvegardes externalisées : 5 à 15 € par mois. Non négociable, et c’est la ligne la plus rentable de toute cette liste le jour où elle sert.
- Hébergement de données de santé (HDS) : à partir de 150 à 300 € par mois. L’agrément a un coût réel, et il ne se contourne pas.
Pour la grande majorité des projets, on parle donc de 300 à 700 € par an de frais courants. Une somme modeste, à condition d’avoir été annoncée.
Ce que ça coûte ensuite : la maintenance
Un logiciel n’est pas un meuble. Les navigateurs évoluent, les failles de sécurité se découvrent, les dépendances se mettent à jour, et votre activité change. Un outil laissé sans suivi devient en deux ans un outil que plus personne n’ose modifier.
Pour un site vitrine : 30 à 60 € par mois, ou 400 à 700 € par an. Mises à jour, sauvegardes vérifiées, supervision, petites corrections.
Pour une application métier : comptez 10 à 15 % du coût de développement par an. Une application à 12 000 € demande donc de l’ordre de 1 200 à 1 800 € par an pour rester saine. Cela peut se faire au forfait ou au temps passé — nous préférons le temps passé, parce qu’un forfait payé sans rien consommer finit par agacer, à juste titre.
Ce budget n’est pas une rente : il couvre du travail réel, et il se justifie ligne par ligne. S’il ne se justifie pas une année, il ne doit pas être facturé.
Ce qui fait exploser un budget
Le besoin qu’on découvre en route. C’est de très loin la première cause. Pas parce que le client change d’avis, mais parce que personne n’avait vu la règle non écrite — celle que tout le monde applique et que personne n’a formulée. Le remède n’est pas de figer le périmètre à tout prix : c’est de passer plus de temps à observer avant de commencer.
Les cas particuliers. Une règle qui s’applique dans 95 % des cas coûte X. Les 5 % restants coûtent souvent X aussi. La bonne question n’est pas « peut-on les traiter ? » mais « que se passe-t-il si on les traite à la main ? » Parfois la réponse justifie le développement, souvent non.
La reprise de données. Systématiquement sous-estimée. Reprendre dix ans d’historique depuis trois fichiers dont deux se contredisent est un projet à part entière, et il doit être chiffré comme tel.
Le nombre d’interlocuteurs à convaincre. Un projet validé par une personne avance ; le même validé par un comité de cinq coûte 30 % de plus, en réunions et en arbitrages contradictoires.
Comment tenir un budget
Trois pratiques, qui n’ont rien de révolutionnaire mais qui sont rarement toutes appliquées ensemble.
Chiffrer après avoir observé, pas avant. Une phase de cadrage courte et facturée — quelques jours — produit un chiffrage qui tient. Un devis établi sur la base d’un appel téléphonique ne tient jamais, et tout le monde le sait au moment de le signer.
Livrer par lots utilisables. Le premier lot doit pouvoir être mis en service même si le projet s’arrête là. C’est la meilleure protection du client : à tout moment, ce qui a été payé fonctionne.
Chiffrer les évolutions séparément. Elles arriveront — c’est sain, cela signifie que l’outil est utilisé. Ce qui n’est pas sain, c’est qu’elles s’ajoutent en silence jusqu’à ce que le budget ait doublé sans qu’aucune décision n’ait été prise.
Ce qui est négociable, et ça l’est beaucoup
Les chiffres ci-dessus sont des repères, pas un tarif affiché en vitrine. Ce qui se discute, sans que personne n’ait à se sentir gêné de le demander :
- Le périmètre. Le premier levier, et de loin. Retirer deux fonctions secondaires d’une première version coûte zéro et fait souvent baisser le devis d’un tiers. On les ajoute plus tard, quand l’outil a prouvé sa valeur.
- L’échelonnement. Payer en trois ou quatre fois, au rythme des livraisons, ne pose aucun problème et protège tout le monde.
- Le partage du travail. Si vous saisissez vous-même les données de départ, rédigez vos textes ou assurez la formation en interne, autant de jours qui sortent du devis.
- Le profil. Une association, une jeune entreprise, un projet à utilité collective : les tarifs s’adaptent, et nous le faisons régulièrement. Il suffit de le dire au premier échange plutôt que de renoncer en silence.
- Le rythme. Un projet sans urgence, mené sur les périodes creuses, coûte moins cher qu’un projet à date imposée.
Ce qui ne l’est pas : les sauvegardes, les tests, la sécurité et la documentation. Ce sont les quatre postes qu’on propose toujours de retirer pour faire baisser un devis, et les quatre qui coûtent le plus cher à rattraper. Quand le budget ne permet vraiment pas de les inclure, mieux vaut réduire le périmètre que la qualité.
Et le coût de ne rien faire
C’est le chiffre qu’on ne calcule presque jamais, et c’est pourtant le seul qui rende la comparaison honnête. Deux personnes qui ressaisissent des commandes une heure et demie par jour, cela fait environ quinze mille euros par an en temps de travail — sans compter les erreurs, les avoirs et les clients perdus. En face, un outil à dix mille euros amorti sur cinq ans, maintenance comprise, revient à moins de trois mille euros par an.
Le calcul ne penche pas toujours du même côté, et il nous arrive de conclure qu’un développement ne se justifie pas. Mais tant qu’on ne l’a pas fait, la question « combien ça coûte ? » n’a pas de réponse utile.
Écrit par
Léo
Fondateur & développeur
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